30.04.2006
Nicolas et Dominique
e jeudi 27 avril, ils sont cinq autour de la table. Dominique de Villepin est venu avec son directeur de cabinet, Pierre Mongin, et son conseiller, Bruno Lemaire. Nicolas Sarkozy, avec son ami politique le plus fidèle, le ministre Brice Hortefeux. C'est l'un de ces étranges déjeuners entre gens qui se fréquentent, se mesurent et parfois se haïssent. Mais "l'atmosphère, assure sans sourciller M. Hortefeux, était détendue et chaleureuse". Depuis une semaine, la compétition acharnée qui oppose Dominique de Villepin à Nicolas Sarkozy a pris un tour violent avec les développements de l'affaire Clearstream. Alors, "détendue et chaleureuse"...
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"Atmosphère détendue et chaleureuse"... Depuis des mois, il est clair pour toute la droite que la bataille entre les deux hommes se déroulera jusqu'au dernier sang. Clearstream en est la démonstration la plus spectaculaire, mais elle n'est pas le seul motif. Nicolas Sarkozy et Dominique de Villepin se battent pour la conquête de la présidence de la République en 2007, mais aussi la vengeance d'un passé qui, depuis l'affrontement fratricide Chirac-Balladur, douze ans plus tôt, les a déjà opposés dans leurs rôles de stratèges respectifs des deux candidats.
Depuis 2002, et plus encore depuis que Dominique de Villepin croit pouvoir être le dauphin de Jacques Chirac, les deux hommes cherchent à s'éliminer. "Villepin aime Sarkozy faible, Sarkozy ne peut supporter un Villepin fort", résume un ministre. Déjà, lors de la guerre Chirac-Balladur, ils se sont aiguisé les dents l'un contre l'autre. Villepin, alors directeur de cabinet du ministre des affaires étrangères Alain Juppé, observait Sarkozy de son bureau du Quai d'Orsay, bien décidé à faire mordre la poussière à celui qu'il appelait "le roquet". M. Sarkozy, lui, a sans doute longtemps sous-estimé les ambitions et la dangerosité politique de M. de Villepin. Mais les deux hommes ont ensuite choisi de mettre leur mouchoir sur cette bataille. Et c'est Villepin qui a réintroduit Sarkozy dans le cercle élyséen en 1999.
La lune de miel aura été de courte durée. Dès la réélection de Chirac en 2002, M. de Villepin conçoit l'ambition d'être bientôt premier ministre et, sans doute, de tenter sa chance à l'Elysée. En attendant, il obtient de M. Chirac de remplacer Nicolas Sarkozy au ministère de l'intérieur, en 2004, et déclenche la vraie guerre. Leur bataille porte sur tout : les arbitrages budgétaires, les choix politiques, la stratégie "vendue" régulièrement au président de la République. Au lendemain des élections régionales de 2004, alors que Dominique de Villepin fait mine de plaider pour une éventuelle nomination de Nicolas Sarkozy à Matignon, celui-ci grince devant ses conseillers : "C'est pour mieux me griller."
"ÇA Y EST ! ON LE TIENT !"
Quand l'affaire Clearstream commence, avec la publication d'un article dans Le Point, en juillet 2004, Sarkozy, qui n'a rompu avec aucun de ses réseaux dans la police et le renseignement, soupçonne Villepin de le faire surveiller. M. de Villepin, lui, exulte devant le premier ministre, Jean-Pierre Raffarin : "Ça y est ! On le tient !", dit-il de Sarkozy. Le 15 octobre 2004, les deux rivaux ont une explication sur Clearstream dans le bureau de Villepin, place Beauvau, en présence du directeur de la DST, Pierre Bousquet de Florian. Dominique de Villepin en sort en pensant "avoir dissipé tout malentendu". Sarkozy, lui, reste convaincu que des choses restent cachées, et que le directeur de cabinet de Villepin, Pierre Mongin, l'a fait écouter sur sa vie privée.
Un an plus tard, lorsque Nicolas Sarkozy revient au ministère de l'intérieur, en juin 2005, il explique : "Je serai mieux protégé au ministère de l'intérieur que par les permanents de l'UMP." Quelques semaines plus tard, lorsque sa femme Cécilia le quitte, on lui rapporte chaque jour que Villepin se réjouit devant ses interlocuteurs de ses malheurs conjugaux. Pendant l'été 2005, Sarkozy, qui ne pense plus qu'à Clearstream, dira - selon Franz-Olivier Giesbert dans La Tentation du président (Grasset) : "Un jour, je finirai par retrouver le salopard qui a monté cette affaire et il finira sur un crochet de boucher !" La nomination de Villepin à Matignon va encore exacerber la bataille. Ni la crise dans les banlieues ni les manifestations contre le CPE ne peuvent détourner les deux hommes de leur compétition. Nicolas Sarkozy a prévenu ses proches : "Entre lui et moi, ce sera une lutte jusqu'à ce que mort s'ensuive."
source : le Monde
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Démission????
Tout le week end, les députés UMP proches de Nicolas Sarkozy ont parié -en privé- sur la fin du mandat du Premier ministre à Matignon • Le député PS Henri Emmanuelli demande son remplacement par le ministre de l'Intérieur.
par Liberation.fr (avec agences)
LIBERATION.FR : 30 avril 2006 - 17:42
Les pressions sur Matignon viennent de toutes parts. Tout le week end, Dominique de Villepin, englué dans l'affaire Clearstream, a vu les appels à sa démission et à son remplacement se multiplier. Le plus inquiétant sans aucun doute pour le Premier ministre sont les députés UMP qui, sous couvert de l'anonymat, ont alimenté les agences de presse samedi et dimanche en multipliant les remarques assassines. « Avec cette histoire et après la crise du CPE, Villepin a perdu le peu de crédibilité qui lui restait», a estimé l'un d'entre eux. « Avec tout ça, cette fois, c'en est fini. Villepin ne s'en remettra pas » assurait un autre, proche de Nicolas Sarkozy.
Le président de l'UDF, François Bayrou, a lui aussi réaffirmé dimanche qu'il fallait «des institutions reconstruites». La France «est au bout de la crise de régime», assure-t-il dans une interview au Parisien Dimanche. «Au départ, il y a la haine réciproque accompagnée de coups tordus entre les principaux responsables de l'Etat et du gouvernement. Mais l'engagement des services secrets, les manipulations du renseignement dans cette guerre intestine révèlent où nous en sommes arrivés dans l'effondrement des principes démocratiques. Un gouvernement, normalement, c'est une entente», remarque François Bayrou, estimant «intenable» que ce climat au sommet de l'Etat dure jusqu'à l'élection présidentielle, au printemps 2007.
Chez les socialistes, Henri Emmanuelli a carrément suggéré dimanche que Nicolas Sarkozy, en tant que président de l'UMP, soit nommé Premier ministre en remplacement de Dominique de Villepin. «Parvenus là où nous en sommes (dans l'affaire Clearstream), il ne me paraît pas possible que le Premier ministre reste en fonction», a réaffirmé Henri Emmanuelli, sur Radio J. «Je pense que le chef de l'Etat devrait prendre ses responsabilités, agir vite et nommer un nouveau gouvernement avec un nouveau Premier ministre. Il y a un parti majoritaire, avec un président qui de surcroît, paraît-il, sait tout faire, je parle de Nicolas Sarkozy. Donc le président n'est pas dépourvu de possibilités», a ajouté le député des Landes.
La pression est d'autant plus forte sur Dominique de Villepin que le dossier judiciaire Clearstream s'oriente vers une éventuelle audition du Premier ministre, après la publication d'un article du quotidien Le Monde affirmant que Dominique de Villepin aurait demandé en janvier 2004 au général Rondot une enquête sur Nicolas Sarkozy. Tout cela alors que le ministre de l'Intérieur et d'autres personnalités politiques avaient été faussement accusés d'avoir des comptes occultes à travers la société luxembourgeoise.
Sur l'audition du Premier ministre, le parquet de Paris a indiqué samedi qu'il n'avait pas connaissance pour l'heure d'une éventuelle demande d'audition. Le parquet dément en outre «avoir déclaré quoique ce soit à la presse sur la possibilité d'une audition ou bien sur celle d'une perquisition à Matignon». Si l'audition d'un Premier ministre comme témoin s'est déjà produite une fois, une perquisition à Matignon serait un fait sans précédent.
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Bourlange
NOUVELOBS.COM | 30.04.06 | 08:50
Selon le député UDF Jean-Louis Bourlanges, Dominique de Villepin est désormais en état de survie politique vu son implication dans l'affaire Clearstream.
"Les conséquences qui s'imposent"
Jugeant Dominique de Villepin en "état de survie politique", Jean-Louis Bourlanges pense que le président Jacques Chirac en tirera "les conséquences qui s'imposent", même si "la liste des premiers ministrables chiraquiens est désespérément courte".
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Jean-Louis Bourlanges déplore également "l'état de discorde, de haine" qui règne à l'UMP, où Dominique de Villepin et Nicolas Sarkozy "se portent des coups terribles". "Même si Sarkozy est en état de légitime défense, le Premier ministre et le ministre de l'Intérieur font penser à deux lutteurs qui roulent ensemble à l'abîme", déclare Jean-Louis Bourlanges.
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